Depuis exactement trois ans trois mois trois semaines, pour être précis telle la balance d’un orfèvre, Roméo, jeune guéré d’une apparence singulière tente inlassablement de convaincre Juliette, jeune fille Agni, de son amour sincère et véritable. Celle-ci lui a toujours rendu la tâche insupportable par son arrogance ostentatoire. Mais Roméo faisant preuve d’une patience digne d’un étudiant attendant le 45 à midi au dépôt 09 d’Abobo a fini par accéder au sanctuaire de son cœur. Voici sa palpitante aventure.
Juliette : tu m’emmerdes, je n’ai rien à foutre avec toi. T’es tu vu ? T’es tu bien regardé ? Quand tu t’observe dans un miroir n’es tu pas horrifié par ton propre reflet ?
N’as-tu pas diantre conscience de ta laideur ?
Si tu crois pouvoir obtenir quelque chose de moi alors tu te perds dans des chimères.
Quel culot, il ose m’aborder ! Mon Dieu quel atrocité ai-je pu bien commettre pour être rabaissée de la sorte ?
Foudre du ciel ne veux tu pas pourfendre son âme et l’enfoncer dans l’épicentre de la terre ? Car le savoir vivant me rend malade !
Sache ceci une fois pour toute Roméo : dans tes rêves les plus déments, ma sympathie ne pourrait t’être accordé, encore moins mon amour ! Misérable bipède !
Roméo : Juliette qu’ai-je fait pour que tu me méprise ainsi ?
Est-ce un drame de tenter de te déclarer mon amour ?
Juliette : c’est plus qu’un drame, c’est un cataclysme. Ton amour ne me dit rien qui vaille, misérable pour la énième fois !
Roméo : mais Juliette mon amour s’est pourtant vêtu de sa tunique la plus reluisante et séduisante et de ses parures les plus coruscantes et étincelantes pour s’offrir à toi !
Juliette : pathétique Roméo ! Quand vas-tu te rendre à l’évidence que quelque soit la métamorphose à laquelle ton amour sera soumis, il restera toujours l’image indéfectible de ta légendaire difformité.
Roméo : Juliette en amour n’est-ce pas l’intérieur qui retient ?
Juliette : bingo ! Mais il faudrait d’abord que l’extérieur attire. Pour peu que je sache, ton apparence morbide est contraire à tout c’qui peut attirer.
Roméo j’en ai une véritable lassitude de te répéter que ma joliesse sans pareil est diamétralement opposée à ton hideur sans égal !
Mon corps absolument féerique est aux antipodes de ce macabre visage hébergeant monstrueusement des yeux d’un strabisme horrifiant,
Une bouche d’une largeur abyssale, un nez d’une proéminence cauchemardesque,
Des narines d’une ouverture scandalisant,
Des dents d’un désordre infernal et des oreilles d’une bizarrerie à tout rompre !
Regarde toi ton ventre rivaliserait dignement avec celui d’une truie en gestation !
Observe toi tu es le résultat d’un assemblage dysharmonique d’organe simiesques !
Moi Juliette je ne me donnerai jamais à une telle erreur et horreur du créateur…
Quelle méchanceté ! Comment peut on haïr son semble de la sorte ! Juliette avait-elle une pierre à la place du cœur ? Le destin était il à même d’imposer sa loi en la ramenant sur de meilleurs sentiments ? Roméo pouvait il compter sur un sort abracadabrant pour laver cet affront ?
Trois jours étaient passé depuis cette rencontre scabreuse au coin d’une rue quelque part à Wouassakara des bruits biscornus se mirent à déchirer l a pénombre. En ce dimanche soir on pouvait clairement percevoir ceci :
Juliette : quel monstrueux chevauchement ! quels coups de reins absolument diaboliques ! Quel est ce satané serpent qui découvre mes zones jusqu’alors inexplorées menaçant ainsi de m’envoyer en enfer !
Ta puissance me paralyse, ton savoir faire me paganise, ta vivacité me scandalise, ton endurance me déstabilise, ta souplesse me démoralise, ta manière m’enlise et ton corps me tétanise. Totalement éméchée, je cajole ce péché. Ma résistance s’est estompée, mon aversion a pris le poudre d’escampette. Je suis défaite dans cette tempête qui rend la fête belle !
Ton amour a englouti ma haine, ta laideur a anéanti ma beauté, ton art a dompté ma frayeur.
Roméo je ne te hais point !