Jetzt ist aber Feierabend! Expression consacrée en Allemagne qui marque la fin de la journée de travail, elle réunit dans une étymologie particulière les mots « cérémonie » et « soirée ». L’équivalent français « c’est terminé pour aujourd’hui » ne rend pas tout à fait l’élément festif inclus dans l’expression germanique : cette réjouissance liée à la fin du labeur et, surtout, à l’avènement d’une soirée détendue et libre d’obligations; pour peu que l’on respecte l’esprit du Feierabend et qu'on porte ses Puschen. Les Allemands ont une relation particulière, voire contradictoire avec leurs « Puschen », leurs pantoufles. On exprime par « in die Puschen kommen » (invitation à enfiler ses pantoufles) un appel à s’activer ou à se dépêcher pour terminer quelque chose. À l’inverse, « nicht aus den Puschen kommen » signifie littéralement ne plus pouvoir retirer ses pantoufles tellement l’état de relaxation et d’inactivité est savoureux. Un état que de plus en plus d’Allemands cherchent à atteindre lors du Feierabend.
Dans son article « Puschendeutschland » (l’Allemagne en pantoufles) paru dans l'hebdomadaire Die Zeit, Anne Kunze parle littéralement d’une « déséconomisation de la fin de journée » (Deökonomisierung des Feierabends). Terminé cette habitude de ne plus séparer le temps libre de celui du travail ! Une fois à la maison, exit le boulot, l’économie productive et vivement le « nicht aus den Puschen kommen ». Enfin, plus facile à dire qu’à faire. Dans notre culture contemporaine, où la définition de soi est attachée à la réalisation professionnelle, difficile de s’arrêter réellement : sans texto, sans « to-do list », ni courriels ni Facebook pour simplement s’adonner à des loisirs, sans rien chercher à « accomplir » per se. Mission impossible ?
Nichtstun
Pas pour les Allemands (du moins, certains d’entre-eux). Pour l’année 2012, un sondage de la Fondation des études futures (Stiftung der Zukunftsfragen), spécialisée dans l’analyse des activités des Allemands, indique que 48% des répondants pratiquent au moins une fois par semaine le « paresser/ne rien faire » (Faulenzen/Nichtstun); en 2007, ils étaient 39%. Également, « se perdre dans ses pensées » (seinen Gedanken nachgehen) apparaît pour la première fois dans le top 10 des activités favorites.
En Allemagne, on n’hésite pas à parler d’un changement de mentalité. L’Allemand se consacre de plus en plus à la détente, c’est-à-dire qu’une grande partie de ses temps libres ne sont plus consacrés à l’expression de soi par l’entremise d’activités dynamiques. C’est d’ailleurs l’industrie de la relaxation (Feierabendindustrie) qui en tire profit. Massage, bain flottants et tutti quanti relaxants volent le marché aux autres sphères d’activités « excitantes » pour environ 80 milliards d’Euro (105 MM$) annuellement.
Pour le journaliste scientifique Ulrich Schnabel, auteur du best-seller Muße: Vom Glück des Nichtstuns (Tout à loisir : le bonheur de ne rien faire), le cerveau nécessite ces relaxations cognitives, ces moments de loisir qui, précise-t-il dans une entrevue au journal taz, « détiennent une valeur en soi et qui ne dépendent pas de la logique d’utilisation moderne (Verwertungslogik) ». D’ailleurs, c’est la créativité de tous et chacun qui en bénéficie le plus. À ce sujet, les études sont catégoriques : plus le cerveau est « libre » et récompensé avec des moments de détente, plus il est créatif. Newton n’a-t-il pas découvert la théorie de la gravitation assis sous un arbre, à ne rien faire sauf à laisser ses pensées vagabonder ?
Le philosophe allemand Peter Sloterdijk mentionne dans Eurotaoismus. Zur Kritik der politischen Kinetik (La mobilisation infinie), une critique du concept de l’activité et de la mobilisation en Occident : « Celui qui connaît la signification du repos, celui-là seul possède un critère de la bonne mobilité. » La bonne vie : d’abord une question de mobilité et de repos. Ainsi, apprendre à bien se mouvoir, c’est d’abord commencer par connaître la signification de la détente et reconnaître la valeur de l’expression de soi par delà le travail; fidèle en cela à l’esprit du Feierabend. Alors « vite », à vos pantoufles !
Davantage sur le sujet :
-Tim Kreider appelle le « busy trap», le trou de l’occupation sans arrêt (en anglais).
-Vidéo sur l'auteur de Muße: Vom Glück des Nichtstuns de Ulrich Schnabel (en allemand)

Une fois rassuré, il me raconta à haut débit, postillonnant d’intensité, des histoires de rencontres qui avaient mal tourné et celles de mosquées cachées à Montréal. C’était l’époque de Villa Vortex, le dernier livre que je l’ai lu de lui. « Il faut lire Nietzsche au complet; personne ne l’a lu au complet », avait-il précisé entre deux rapides analyses philosophico-politiques.

So zum Beispiel in Dresden, Sachsen: auch hier protestierten die Studenten 2009 für eine bessere Bildung und die Streiks setzten sich bis 2012 fort. Erst vor zwei Wochen gingen wieder mehrere Tausend Schüler und Studenten gegen die sächsische Bildungspolitik auf die Straße; hier geht es ans Kleingedruckte: denn die Dresdner Studenten beschäftigt hauptsächlich die Frage danach, was passiert, wenn aus einem Lehrstuhl ein Leerstuhl wird. Damit protestieren sie gegen die zahlreichen Stellenstreichungen an den sächsischen Universitäten. 

C’est partout, l’Halloween à Montréal. 

Es wurde gewählt.
Cette année, le Grand Prix de l'Académie canadienne du cinéma et de la télévision fut décerné au prolifique -et polémique- auteur et dramaturge québécois Victor-Lévy Beaulieu. Lors du gala des prix Gémeaux, prix qui récompensent les meilleures productions télévisuelles de langue française du Canada, Victor-Lévy Beaulieu s'est vu remettre le prix des mains de... Stop! Stop! Non, détrompez-vous, cela ne s'est pas passé comme à l'habitude. C'est-à-dire, le lauréat monte les marches de la grande scène, tremblant de nervosité et de bonheur, sous les applaudissements ressentis des gens du milieu tous debout pour une ovation, et récupère sa statuette avant de se lancer dans de longs et sincères remerciements. Le tout diffusé en direct pour le plus grand plaisir des téléspectateurs. Non, rien de tout cela pour Victor-Lévy Beaulieu.
Toute cette histoire me rappelle un événement semblable qui s'est déroulé en Allemagne lors du Fernsehpreis-Gala de 2008 qui récompensait le critique littéraire et animateur d'une émission littéraire pendant de nombreuses années, Marcel Reich-Ranicki. Cet équivalent de la cérémonie des Gémeaux fut pertubé lorsque le célèbre critique a refusé, en direct!, le Prix d'honneur de la télévision allemande (Ehrenpreis der Stifter des Deutschen Fernsehpreises) avant de critiquer longuement la piètre qualité du spectacle qu'il endurait depuis deux heures ainsi que la mauvaise qualité de la télévision allemande dans son ensemble. Imaginez un peu si Victor-Lévy Beaulieu avait fait de même en direct...