Vendredi soir à la Cinémathèque québécoise: l'habituel rendez-vous avec l'histoire du cinéma en compagnie de l'exceptionnel Gabriel Thibodeau au piano. Avant l'entrée en salle, une drôle de fébrilité se fait sentir: un mélange de joie et de tristesse. D'une part, en raison du film "La rue" (Die Straße) de Karl Grune présenté pour la première fois à la cinémathèque et sélectionné par le réalisateur Guy Maddin dans le cadre de sa Carte blanche au Goethe-Institut. D'autre part, à cause de la mauvaise nouvelle parue cette semaine concernant les problèmes financiers de la cinémathèque, vieille de presque 50 ans. La conservation du cinéma est dispendieuse. Mais cela en vaut largement l'investissement; doit-on vraiment le répéter?Le pianiste attitré de la cinémathèque attend le début du film avant de lancer son improvisation (toujours étonnant de savoir que Thibodeau improvise son accompagnement à la vue même du film!). Il devra cependant patienter un peu plus. Produit en 1927, le court-métrage "Voyage à pied Munich-Berlin" (München-Berlin Wanderung) d'à peine quatre minutes présenté avant le film principal ne doit pas être accompagné de musique. C'est Oskar Fischinger, le réalisateur, qui a laissé ces directives de projection. Pas de musique, seulement le ciné-ma, seulement la projection d'images en mouvement. Trois minutes éblouissantes d'images en rafale, en format 35mm, dans l'obscurité de la salle, en silence, à voir des prises de vues superbes d'une vieille Allemagne, de ses paysages et de ses habitants. Fischinger les a captés lors d'un voyage à pied de trois semaines, équipé d'un sac à dos contenant de l’équipement cinématographique rudimentaire et une caméra. L'expérience même du cinéma, c'est-à-dire de l'image en tant que telle à une époque donnée. C'est aussi pour cela que la cinémathèque est importante, présenter l'image telle qu'elle s'est déployée au fil du temps.
A suivi le long-métrage réalisé par Karl Grune en 1923 qui fut tout aussi magistral. Un film sophistiqué, dans ses plans, ses éclairages, le jeu des acteurs ainsi que son récit. Une oeuvre qui révèle une compréhension avant-gardiste de la logique cinématographique, distincte du théâtre et de la photographie. Loin du fascinant expressionnisme allemand, l'approche réaliste du film et son écriture très "suspense", admirablement rendue par Thibodeau, capturent le spectateur dès le début. Ce pauvre homme, ennuyé chez lui et bientôt absorbé par la rue, symbole de la vie urbaine et de toutes ses possibles séductions, ne sait pas ce qui l'attend... Éternel combat entre l'appel de la rue et celui de la maison, ce "home sweet home" toujours trop calme et confortable!
Après le film, une partie du public, dont nombre d'habitués, se rencontrent et discutent. Ce professeur de cinéma, à l'âge fort respectable, avoue ne jamais avoir cru visionner ce film avant de terminer cette longue vie de cinéphile bien remplie. Il rajoute, l'oeil mélancolique et critique : "La cinémathèque doit continuer avec ces vendredis. C'est important. Montréal est maintenant la seule ville au Canada, où ces projections ont lieu et sont respectées." C'est bien connu, pendant les crises, les coupures s'effectuent toujours au niveau de la projection des "vieux" films, de ces vénérables classiques qui n'attireront jamais assez de public, ou de nouveau public. Le professeur invite à regarder du côté de la défunte Ontario Cinémathèque de Toronto, restructurée et intégrée au festival de cinéma de Toronto (TIFF)... "Avec tout ce que cela comporte", laisse-t-il entendre d'une voix acide.Ces rencontres pour le cinéma sont précieuses. La projection de ces films anciens, premiers gestes du cinéma, et de leur expérience en salle sont essentielles pour quiconque veut saisir l'essence du cinéma, son évolution et tenter une expérience cinématographique autre; sans parler de celle que procurent ces autres films et genres. La cinémathèque doit continuer d'exister ne serait-ce que pour rendre possible cette expérience; autrement impossible à vivre ailleurs.
La semaine de relâche débute sous peu et la cinémathèque présentera pour une sixième édition un programme de cinéma muet destiné avant tout aux jeunes. Il faut souhaiter que la cinémathèque vive encore longtemps pour que d'autres générations aient la chance de voir sur grand écran les folies de Laurel, Hardy et des autres.





Après avoir terminé la lecture de l’article de Siegfried Unseld (voir le post précédent), j’ai tout de suite pensé au film «Deutschland im Herbst», l’Allemagne en automne. Ce film collectif tourné en 1978 sous la direction d’Alexander Kluge regroupe les contributions de onze réalisateurs allemands dont celle de Kluge, Fassbinder et Schlöndorf. Ces réalisateurs sont tous associés de loin ou de près à l'important mouvement cinématographique allemand des années 60 et 70 surnommé Nouveau cinéma allemand, le Neuer Deutscher Film. Le film, un savant collage mêlant fiction et documentaire, propose un retour sur la crise sociopolitique qui secoua l’Allemagne durant l’automne 1977.

Simplement à voir cette image utilisée pour annoncer le documentaire "The Woman with the 5 Elephants" présenté dans le cadre des Rencontres internationales du documentaire de Montréal (
Tout d'abord, soulignons le titre intrigant de ce documentaire: "Das Netz. Adorno, LSD und Internet." Un heureux assemblage qui change quelque peu dans le titre de la version pour le marché nord-américain: "The Net: the Unabomber, LSD and Internet." Il a suffi de remplacer Adorno par nul autre que le Unabomber! Comme quoi tout est interchangeable aux yeux du marketing...
Durant le troisième Reich de Hitler, il n'y avait pas que de l'art dégénéré (
Lundi dernier, mon ami m'a demandé : "As-tu vu le film La question humaine ? J'ai loué le DVD pour trois jours, je te le passe si tu veux. Un film étrange." J'ai accepté.
Ce film montre bien la façon dont les mots sont utilisés afin d'atteindre des objectifs précis. Il montre aussi leur pouvoir sur les hommes. L'exercice sémantique que réalise les agents du pouvoir, que se soit au niveau politique ou entrepreneurial, devient vite horrifiant lorsqu'il s'agit de question où l'humain est au coeur d'objectifs à l'éthique douteuse, voire inacceptable. C'est la question humaine. Comme la question juive, la Judenfrage, que le film évoque. Cette impitoyable réalité du régime hitlérien camouflée dans une langue sèche et dénudée d'acteur est montrée d'une manière dès plus saisissante et bouleversante. Un vrai cauchemar. Cela me rappelle Les Bienveillantes dans un passage tout aussi cauchemardesque :