Schiller, Die Braut von Messina
Comme vous l'avez peut-être vu à la télé (allemande!), sinon lu dans les journaux (allemands!), Marcel Reich-Ranicki a fait encore des siennes, si l’on peut dire. Le 12 octobre dernier, le célèbre critique allemand -dont je vous ai déjà entretenu en août dernier- a ni plus ni moins refusé le Prix d'honneur de la télévision allemande (Ehrenpreis der Stifter des Deutschen Fernsehpreises) et ce en direct du Fernsehpreis-Gala diffusé sur la chaîne ZDF. Après plus de deux longues heures de patiente écoute avant de recevoir son prix, le germaniste, une fois le trophée en main, n'a pas mâché ses mots: "Ich habe nicht gewusst, was mich hier erwartet. [...] Ich finde es auch schlimm, dass ich das erleben musste". Pendant neuf minutes, s’adressant à l'auditoire chic du monde de la télévision allemande (médusé et croyant assister à une blague du critique reconnu pour ses envolés dramatiques), Reich-Ranicki rajouta combien ces deux heures de remises de prix et de divertissement lui apparurent «bêtes et contrariantes» (blödsinnig und widerwärtig). À titre de conclusion, il souligna la piètre qualité de la programmation télévisuelle allemande en général. L'animateur de la soirée Thomas Gottschalk (superstar de la télé allemande) arriva à la rescousse du gala et invita Reich-Ranicki à venir s’expliquer lors d'un éventuel entretien télédiffusé. "Jawohl! Ich akzeptiere das." de dire Reich-Ranicki.Au-delà du scandale, de la provocation et finalement du divertissement que cet événement put provoquer -comment y échapper dans une culture médiatique qui ne vise avant tout que le divertissement ?- c'est l'importance de la critique pour la santé -mentale- d'une société qui fut énoncée de vive voix; et surtout de la nécessité pour la critique négative d'avoir un medium de diffusion afin de pouvoir être tout simplement présente dans l’espace public. Critiquer la nullité d’un gala ou d’un livre dans le dessein, peut-être, de permettre la diffusion d’oeuvres de qualité supérieure sans pour autant être ennuyantes, est-ce une question de courage ? Pour certains, comme Harald Martenstein , oui. «Wer schafft es, Hunderten von Leuten geradeaus ins Gesicht zu sagen, dass man für dumm hält, was sie gerade stundenlang bejubelt haben?" Rares sont ceux qui ont le courage de dire haut et fort l'indigence et l'insignifiance d'un gala à un auditoire qui pourtant se bidonne depuis plus de deux heures. Pourtant, selon Reich-Ranicki, cela ne devrait pas être une question de courage. En effet, comment peut-on nommer cela “courage” le fait de dire qu’un livre ou un gala soit mauvais et/ou idiot ? En sommes-nous rendu à ce point, où le fait même d’énoncer une critique négative est une question de courage?
Une semaine plus tard, tel que convenu, Reich-Ranicki put venir s'expliquer avec Thomas Gottschalk lors de l'émission Aus gegebenem Anlass. C’est 3, 5 millions de téléspectateurs qui ont ainsi écouté Reich-Ranicki renforcer sa critique du gala et de la télévision dans un entretien des plus honnêtes abordant les multiples problèmes auxquelles fait face la télévision d'aujourd'hui : "Ich habe nichts zu bedauern. Ich nehme nichts zurück. Die Veranstaltung war abscheulich, scheußlich". Véritable leçon d’intégrité et d’espoir pour la critique… et pour la télévision !
Pour en savoir davantage:
-Entretien de Reich-Ranicki dans le FAZ

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Tracked: Sep 21, 18:07