Überblog. Über-blog. « Über » en français, c'est « à propos de... ». Ce blogue est à propos de la culture allemande en général et de ses manifestations à Montréal. Il est donc über: la littérature, l'environnement, le cinéma, la vie quotidienne, la musique, Berlin, la politique, la langue allemande, etc. Über toutes ces choses qui fascinent le Goethe-Institut de Montréal et les rédacteurs enthousiastes de ce blogue à couleur verte.
Méconnaissable! Pour ceux qui n’avaient pas écouté le dernier album du berlinois Apparat, il y avait de quoi s’étonner hier lors de la première grande soirée de MUTEK intitulée «Synthimental Melodies». L’album « The Devil’s Walk », sorti en novembre 2011 et présenté avec le Apparat Band, témoigne d’un changement profond dans le travail de cet artiste connu depuis longtemps pour ses solides beats et ses riches compositions aux accents dramatiques. Terminé tout ça, du moins en partie, et plein cap sur le chant d'émotions et l’acoustique d’instruments propres à tout bon band post-rock versé dans une sorte de pop électronique au lyrisme sentimental. Émotion, quand tu nous tiens…
Dans une entrevue expliquant son dernier album réalisé en grande partie au Mexique, Sascha Ring a confié ne plus chercher à ce que son public danse. L’objectif poursuivi en studio était tout autre : beaucoup moins électronique, plus « humain » et davantage acoustique. Sur la scène, le Apparat Band ne ménage pas ses moyens pour maintenir cette visée. Entouré de musiciens qui semblent en avoir vu d’autres, Apparat se donne complètement dans son rôle de chanteur pleinement assumé. Plusieurs longs solos mélangeant synthétiseurs, percussions et guitares ont ponctué la performance, non sans créer un effet d’entraînement dans une foule réchauffée auparavant par le sompteux dark disco de DKMD et les beats soulevés par les synthétiseurs prenants de Blondes.
On s’est aussi réjoui du tonus apporté à plusieurs chansons de l’album qui résonnent avec ce trop plein de sentiments presque gênant. La chanson inédite « I’ll kill you » donnait une impression plus musclée de cet Apparat nouveau, alors qu’on a greffé sur un autre morceau des accents et des sonorités dubstep bien sentis. Après un milieu ponctué par le morceau ash black veil, la grande finale pour le moins prévisible avec Black Water, cette autre pièce-phare de l’album, a mis fin à la représentation du chanteur; un habitué de MUTEK mais sous un tout autre costume musical.
Une transformation annoncée
Jusqu’à aujourd’hui, on a pu entendre la voix de l’artiste percer en partie les fabuleux beats issus de sa collaboration fructueuse avec Modeselektor (Moderat, 2008). L’album solo «Walls» sorti en 2007 sur la vigoureuse étiquette Shitkatapult marquait également une avancée dans le parcours du chanteur: sa voix émergeait dans un drôle de moitié-moitié annonciateur.
Le chant d’Apparat se retrouve d’abord fort et engagé sur des constructions chargées et pleines de ce spleen numérique propre à sa signature (Hailing form the Edge, Holdon). Ensuite, la voix émerge dans des compositions plus douces, tendres et volant de cette harmonie conciliatrice repérable dans ce pop de qualité (Birds, Head up). Apparat a avoué dans une entrevue avoir détesté ce terme utilisé alors par les critiques pour qualifier l’album « Walls ». Maintenant, ce refus est bien oublié. « I don’t care now! », lance-t-il confiant.
Avec «The Devil’s Walk», on s’évade, on fuit sur la voix bien maîtrisée d’un Apparat épris d’un romantisme parfois léger, parfois plus déchiré. Un premier album, un premier chant affiché sur des compositions musicales excellentes – c’est là, comme toujours, la grande force d’Apparat. La critique est divisée et on attendra d’écouter la suite; si suite il y a.
Dimanche après-midi, le thermomètre indique 29 ºCelsius. La ville de Montréal surchauffe : au centre-ville sur fond de carrés rouges et de loi spéciale, au Piknic Elektronik sur fond de musique électronique. À toutes les fins de semaines durant les trois prochains mois, chacun pourra relâcher la pression accumulée sous la statue d’Alexander Calder aux rythmes des meilleurs DJs dont quatre originaires de l’Allemagne : Wolf+Lamb, Thomas Schumacher, Hubble et Oliver$. L’été promet d’être chaud et Dieu merci peut-on encore se rassembler pour danser et exulter!
Hier, la foule a répondu avec vigueur au premier piknic de l’année et a littéralement envahi le site du Parc Jean-Drapeau. Cette réunion dominicale compte parmi ces habitudes urbaines bien enracinées. Dix ans maintenant que la faune bigarrée des piknic-niqueurs se rencontre pour profiter de la fraîcheur de l’endroit et de ces beats qui résonnent et rythment l’après-midi montréalais jusqu’au coucher du soleil. Driss Skali, Tone of Arc et Art Department ont eu l’honneur d’ouvrir les festivités de l’édition 2012 sur la grande scène.
On a fait preuve d’une belle audace hier en invitant Tone of Arc. Ce musicien multi talentueux à la voix chaude et captivante a chanté quelques compositions suaves et riches en émotions sur un beat plus qu’accrocheur. Grâce à sa tendre expressivité, il a réussi à capter le cœur du public pourtant plus habitué à un 4/4 électronique bien tassé. Sa finale avec l’interprétation savoureuse de la légendaire chanson « Goodbye Horses » de Q Lazzarus vibrera dans notre corps pour longtemps encore.
Art Department a pris le relais et conclu cette première avec leur groove spécifique entièrement absorbé par la foule. Le duo de Toronto du label No.19 (nom inspiré par le 19e article de la Déclaration universelle des droits de l’homme : « Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression… ») a réussi à soulever les festivaliers enivrés et anonymes sous leur Ray-Ban à monture rouge, à large monture carrée (décidément la tendance estivale…) ou carrément en maillot de bain. La faune montréalaise en mode été, à son meilleur et débordante de joie!
Bien entendu, quelques « Beatmacher » de l’Allemagne seront au rendez-vous. Dans le cadre de MUTEK, le prolifique duo Wolf+Lamb pikniquera le dimanche 3 juin. Le vétéran super star de la house et du trance Thomas Schumacher cassera la croûte le 1er septembre. Le berlinois Hubble, plus discret mais tout autant vétéran de la scène techno allemande, jouera le 1er juillet alors qu' Oliver$, cet incontournable de la house music Made in Germany, titillera les oreilles le 16 septembre prochain. Wir sehen uns auf der Tanzfläche!
Samedi matin, onze heures. Déjà, de nombreux visiteurs patients et résolus contourne la magnifique Nationalgalerie de Berlin et attendent de voir la rétrospective consacrée au peintre Gerhard Richter. Une scène qui ne surprend plus personne dans la capitale allemande tellement l’exposition a attiré les amateurs d’art depuis son ouverture en février dernier : un succès monstre avec plus de 250 000 entrées ! Moment clé du calendrier culturel en Allemagne, cette rétrospective s’avère maintenant un événement social majeur. Âgé de 80 ans, l'artiste Gerhard Richter compte dorénavant parmi les grands maîtres de l’art allemand, admiré et vénéré en son pays.
Organisée avec le Tate Museum de Londres et le Centre Pompidou de Paris, la rétrospective présente plus de 130 œuvres et cinq sculptures jusqu’à dimanche prochain, toutes choisies en étroite collaboration avec l’artiste. C’est la première fois que la Nationalgalerie voue son espace principal uniquement aux œuvres de Richter. Dans son contenu, cette rétrospective se rapproche inévitablement de celle organisée par le Museum of Modern Arts de New York en 2002. Les grands classiques du peintre s’y retrouvent : Ema -Nu sur un escalier (1966), Betty (1977) et Deux chandelles (1986). Évidemment, certaines œuvres figuratives ainsi que plusieurs grandes abstractions réalisées depuis trouvent leur place parmi d’autres réalisations moins connues comme la série d’acrylique sous verre Aladin (2010) ainsi que des sculptures de verre plus récentes.
Avec en main la concise brochure de la rétrospective, le visiteur s’y retrouve aisément et progresse chronologiquement dans l’univers du maître, tous styles confondus. Richter ne se cloisonne pas à un style pendant une période donnée. Il voltige du figuratif à l’abstrait, du chromatisme géométrique au paysage et quelquefois à la sculpture de verre. Afin de respecter ce mouvement, les curateurs ont ordonné les œuvres selon leur réalisation plutôt que leur style. « Gerhard Richter peint le figuratif et l’abstrait en même temps, précise le directeur de la Nationalgalerie Udo Kittelmann. Ce ne sont pas des processus parallèles. Pour Richter, ces deux orientations stylistiques ont la même valeur. » Les grandes toiles abstraites côtoient ainsi les portraits, les vanités et les paysages si emblématiques de cet artiste né en 1932 et qui a grandi à Dresde en ex-RDA avant de fuir vers l’Allemagne de l’Ouest en 1961.
Estomper le réel
Après avoir mis en évidence les colossales peintures abstraites que forment Cage (2006) et l’étude chromatique imprimée en numérique Strip (2011) dès le début de l’exposition, ce sont les célèbres Foto-Bilder des années 60 qui occupent une place de choix. Avec raison d’ailleurs puisque que ces photos-peintures en noir et gris réalisées à partir de photographies ont marqué l’entrée du peintre dans l’arène du marché de l’art.
Fidèle à son époque, Richter souhaitait alors échapper aux normes de la composition classique ainsi qu’à l’intervention de l’artiste dans l’agencement du sujet à peindre. Il a trouvé en la photographie, dans son objectivité, son vocabulaire plastique et ses critères de compositions, le medium et l’inspiration pour ses peintures. Ce qui explique peut-être son affirmation de préférer 100 photos d’amateur à un Cézanne… Révélatrices de son travail critique sur la perception de la réalité, l’image et l’apparence des objets, on retrouve les toiles Famille (1964), Tigre (1965) ou encore Chaise (1965) qui côtoient d’autres images quotidiennes ou d’actualité peintes et estompées pour donner ce tremblé pictural, caractéristique centrale de ces œuvres et signature célèbre du peintre.
Aux cotés des Graue Bilder, ces tableaux peints uniquement de gris dans les années 70, des gigantesques toiles que forment Nuages (1970) ou encore de l’imposante présence des 196 petits tableaux de l’étude chromatique 4900 couleurs, les curateurs marquent un excellent coup avec la présentation de cinq sculptures de verre exécutées à différentes époques par Richter. Ces oeuvres complexes et rarement réunies, dont l’essentiel 4 Panneaux de verre (1967) et le fascinant 6 panneaux de verres sur un support (2002/2011), permettent d’approfondir sur un autre médium les thématiques travaillées par l’artiste tout au long des 50 dernières années.
Petit bémol à cette rétrospective impeccable à tous les niveaux : on regrette que certaines parties de l’œuvre du peintre ait été ignorées comme ses dessins ou encore les photographies peinturées (übermalte Fotografien). Ces dernières, pourtant un volet significatif de l’œuvre de l'artiste, auraient complété avec brio la présentation de son travail voué à saisir, par le figuratif ou l'abstrait, une certaine image photographique de la réalité. « L’apparence, note l’artiste en 1989, est le thème de toute ma vie. » Cette rétrospective permet d’en saisir toute l’étendue.
Gerhard Richter Painting
Ce soir et demain à 19 h, le Goethe-Institut présente le fascinant documentaire Gerhard Richter Painting (2011) de Corinna Belz. Dans ce film, on accompagne le peintre dans l’intimité ordonnée et paisible de son atelier de Düsseldorf. Pinceau ou grattoir à la main, le Richter des monumentales peintures abstraites se dévoile ainsi que le processus par lequel des couches de peinture sont grattées et raclées avec force et persévérance, encore et encore jusqu’au point culminant : lorsque l’artiste décide que tout est esthétiquement juste… ou non. Pour quiconque souhaite véritablement approcher le travail du maître allemand, en plus de savourer le pigment de ses œuvres sur grand écran, ce film s’avère un incontournable.