Le fonctionnement du concours annuel est simple. Les jeunes soumettent leur mot sur le site Internet de Langenscheidt et de ceux-ci, trente sont sélectionnés selon les critères d’originalité, de créativité et d’actualité, tant générale que jeunesse. La sélection est soumise aux votes des internautes et par la suite, une liste des quinze mots ayant récolté le plus de votes est dressée et remise à un jury. Enfin, celui-ci composé de journalistes, de rédacteurs, de linguistes et, évidemment, de jeunes choisit le lauréat ainsi qu’un top 5. L’an passé, c’est trois mille mots qui ont été présentés et plus de 40 000 votes enregistrés ! Qui a dit que les jeunes allemands ne s’intéressaient plus à leur langue ? Du moins à une forme particulière de la langue allemande… Top 5 du Jugendwort des Jahres 2011
Swag / Fail &Epic fail / guttenbergen / Körperklaus / googeln
En 2011, le mot gagnant fut Swag. Issu de l’anglais, il signifie une présence, une attitude cool et enviable. Le succès musical Turn My Swag On du jeune rappeur américain Soulja Boy explique entre autres sa nomination. Le titre désigne littéralement « Je mets en marche mon butin », au sens de parader. Ce hit fut d’ailleurs traduit vers l’allemand par le rappeur autrichien Money Boy sous le titre Dreh den Swag auf et obtint lui aussi un grand succès chez les jeunes, comme en témoigne le prix du Jugendwort des Jahres.
On ne peut passer sous silence le verbe guttenbergen qui a décroché la troisième position du top 5. La signification est simple, «copier», mais sa provenance est extrêmement savoureuse et justifie presque à elle seule l’existence de ce concours. Elle est liée aux accusations de plagiat portées contre l’ex-ministre allemand de la Défense, le baron Karl-Theodor zu Guttenberg. Sa thèse de doctorat contiendrait plusieurs passages littéralement copiés de travaux universitaires non cités. Bien qu’il ait tout démenti, l’université de Bayreuth lui a retiré son titre universitaire après l’examen de son dossier et il a finalement dû démissionner de son poste. Vous êtes donc avertis, pendant un examen en Allemagne, il est interdit de guttenberguer…
Lien vers le site du Jugenwort des Jahres
Actualité du limbo
Compte tenu de sa pertinence, il convient de présenter le Jugendwort de l’année 2010, la construction Niveaulimbo. Formée de «niveau» et de «limbo», cette danse populaire en Afrique et dans les Caraïbes qui consiste à passer et à repasser sous un bâton horizontal placé à chaque tour plus près du sol, sans jamais le toucher (Wikipédia), ce néologisme a été sélectionné à l’unanimité par le jury. Il signifie le niveau de qualité continuellement descendant de quelque chose, en particulier celui des émissions de télévision produites par les chaînes privées. On l’utilise également lorsque les thèmes d’une conversation dégénèrent, lorsque la qualité des blagues s’effondre ou lorsqu’un party s’enlise dans l’ennui avant minuit.La présente caricature de Garnotte, caricaturiste au quotidien québécois Le Devoir, représente les loisirs de deux politiciens en fonction de leur côte de popularité. Elle nous inspire une autre utilisation de Niveaulimbo : le niveau limbo en politique. Lorsque la qualité sociale des politiques d’un gouvernement descend à des niveaux toujours plus bas, on atteint le niveau limbo de la politique. Ces jours-ci, bien tristement, les exemples de Niveaulimbo en politique ne manquent pas.
Restons toutefois positif! Lorsqu’une politique sociale est vraiment encouragée et mise en œuvre, pourquoi ne pas lui associer une expression contraire à Niveaulimbo avec un mot allemand inspiré du saut en hauteur? En allemand, le saut en hauteur se dit Hochsprung et le niveau de la barre à dépasser Hochsprungniveau. Rêvons un peu et souhaitons que la politique atteigne un nouvel Hochsprungniveau… la haute barre de la politique.
